La liberté de la presse au plus bas depuis 25 ans: voici le classement de la Belgique
30 avril 2026

L’Union européenne et les Balkans restent garants de la liberté de la presse, malgré une détérioration inquiétante à l’échelle mondiale, révèle jeudi Reporters sans frontières (RSF). La Belgique, elle, tire son épingle du jeu.
La liberté de la presse à travers le monde a atteint cette année son niveau le plus bas en un quart de siècle, ressort-il du Classement mondial de la liberté de la presse pour 2026. Plus de la moitié des pays du monde (52,2 %) font face à une situation «difficile» ou «très grave», alors qu’ils n’étaient qu’une minorité (13,7 %) dans ce cas il y a vingt-cinq ans, selon le rapport publié jeudi par Reporters sans frontières (RSF). Par ailleurs, alors que 20 % de la population mondiale vivait dans un pays où la situation de la presse était perçue comme «bonne» en 2002, moins de 1 % de la population mondiale bénéficie d’une telle situation aujourd’hui.
Parmi les différents indicateurs utilisés pour établir le classement, l’aspect légal est celui qui a enregistré la plus forte chute cette année, tiré à la baisse par la mise en place de politiques de sécurité nationale. Ce score s’est dégradé dans plus de 60 % des pays, soit dans 110 Etats sur 180 entre 2025 et 2026. C’est par exemple le cas de l’Inde (157e place), de l’Egypte (169e), d’Israël (116e) ou encore de la Géorgie (135e). «La criminalisation du journalisme, fondée sur le contournement du droit de la presse et le dévoiement de lois d’exception ou de droit commun, s’avère un phénomène mondial», relève le rapport.
L’Union européenne et les Balkans se sont maintenus à la première place du Classement en 2026, en dépit d’une érosion du cadre de l’exercice du journalisme constaté dans ces régions, observe Reporters sans frontières. La région «Europe de l’Est et Asie centrale» (EEAC) se positionne, elle, à l’avant-dernier rang du classement.
Légère progression pour la Belgique
Depuis l’entrée en vigueur du règlement européen sur la liberté des médias (EMFA) en août 2025, cette nouvelle législation a déjà été bafouée à de nombreuses reprises. A titre d’exemple, les lois sur la sécurité nationale mises en place en Allemagne – qui apparait au 14e rang du classement – entrent en opposition avec les exigences de protection des journalistes et de leurs sources prévues par le règlement.
Des dispositions de l’EMFA garantissant l’indépendance des médias publics sont par ailleurs remises en cause par le cadre réglementaire en vigueur dans certains Etats-membres. Parmi eux se trouvent notamment la Bulgarie (71e), Malte (67e), l’Italie (56e), la Slovaquie (37e), la France (25e), la Lituanie (15e) ou encore la Tchéquie (11e). L’Estonie (3e), où le radiodiffuseur public n’échappe pas non plus aux tentatives de pressions, a quant à elle perdu sa première place parmi les pays l’UE au profit des Pays-Bas (2e).
La Belgique est, elle, remontée de la 18e à la 16e place dans le nouveau classement de RSF. «En dépit d’un degré de confiance relativement élevé envers la presse, les journalistes belges subissent parfois des agressions et des intimidations», note l’organisme. «Si le secteur des médias est protégé par un cadre législatif efficace, les tentatives de censure préalable et l’augmentation des procédures judiciaires visant des journalistes méritent une vigilance particulière», ajoute-t-il.
«Procédure-baillon»
L’action en justice intentée par l’ex-bourgmestre d’Andenne Claude Eerdekens à l’encontre de la journaliste Mélanie De Groote, portant sur un article paru dans le magazine Wilfried en 2024, a ainsi été qualifiée de «procédure-baillon» et largement dénoncée au cours des derniers mois. Mi-février, le politicien a été débouté par le tribunal de première instance de Namur.
Le projet de réforme des médias de proximité ainsi que les discussions au sujet d’une fusion entre les groupes IPM et Rossel suscitent par ailleurs des questionnements concernant le futur du pluralisme médiatique en Belgique.
Dans les Balkans, les journalistes ont vu leurs libertés se réduire cette année. Alors qu’elles aspirent à intégrer l’UE, l’Albanie (83e, – 3), la Bosnie-Herzégovine (90e, – 4) et la Serbie (104e ; – 8) se montrent hostiles à la presse et perméables à la propagande, estime RSF. «La région ressemble de plus en plus à un gigantesque laboratoire où les valeurs s’inversent et où une légalité artificielle sert les intérêts du pouvoir au détriment de la liberté d’informer», indique le rapport. Le Kosovo a, lui, grimpé de 15 places, se positionnant au 84e rang du classement.
Source: www.levif.be