Fraude à l’Assurance maladie : 6,7 millions d’euros détectés dans le Gard
30 avril 2026

En 2025, la CPAM du Gard a détecté et stoppé 6,73 millions d’euros de fraudes. Un chiffre en forte hausse qui reflète à la fois l’efficacité des contrôles et l’évolution vers des pratiques de plus en plus organisées.
La fraude à l’Assurance maladie atteint un niveau inédit dans le Gard. En 2025, 6,73 millions d’euros de préjudice ont été détectés et stoppés, selon les chiffres présentés lors d’une conférence de presse par la Caisse primaire d’assurance maladie du Gard. Un montant en hausse de 170 % par rapport à 2021.
Pour Pierre Cuchet, directeur de la CPAM du Gard, cette progression « reflète la montée en puissance des dispositifs de prévention et de détection ainsi que l’efficacité des actions engagées ». Mais elle traduit aussi une réalité plus préoccupante : l’émergence de fraudes de plus en plus structurées.
À l’échelle régionale, le préjudice détecté en Occitanie s’élève à 53,03 millions d’euros, contre 723 millions au niveau national.
Des fraudes très inégalement réparties
Derrière ce montant global, les situations sont très contrastées. « Les fraudes commises par les assurés, qui constituent près de la moitié des dossiers, représentent seulement 8,4 % des montants, soit environ 500 000 euros », détaille Pierre Cuchet.
À l’inverse, les fraudes impliquant des professionnels de santé libéraux et des centres de santé concentrent l’essentiel des sommes, soit près de 83 %. « On est sur une minorité de professionnels », précise Catherine Olivier, directrice comptable et financière, qui indique que la CPAM du Gard traite environ 200 dossiers par an.
Arrêts de travail et fraudes aux droits côté assurés
Chez les assurés, les fraudes concernent principalement les arrêts de travail, souvent obtenus ou vendus internet. En 2025, ces pratiques ont représenté près de 362 000 euros dans le département.
S’y ajoutent les fraudes aux droits, pour un montant de 193 000 euros. L’an dernier, 53 pénalités financières ont été prononcées. Elles peuvent atteindre jusqu’à trois fois le montant du préjudice.
Audioprothèses, kinés : des secteurs sous surveillance
Du côté des professionnels de santé, certains secteurs concentrent les dérives. Celui des audioprothèses, en forte croissance ces dernières années, a généré 2,68 millions d’euros de fraude détectée en 2025, un montant toutefois en baisse de 50 %. Une évolution qui s’explique par les contrôles engagés dès 2024 et par de nouvelles mesures de sécurisation, comme l’obligation de facturation avec la carte Vitale depuis le 1er janvier 2025.
En revanche, la situation s’est nettement dégradée chez les masseurs-kinésithérapeutes. Le montant des fraudes détectées atteint 1,35 million d’euros, soit une hausse de 1 800 % en un an. « Ces résultats s’expliquent par la mise en œuvre d’une action de contrôle afin de repérer des situations d’hyperactivité de ces professionnels de santé », souligne la CPAM.
Catherine Olivier cite notamment le cas d’un praticien en secteur cévenol intervenant en Ehpad, qui utilisait les cartes Vitale des patients à leur insu. En moins de deux heures, il pouvait facturer une trentaine de soins. Il a été condamné à 12 mois de prison avec sursis, 20 000 euros d’amende et au remboursement de près de 120 000 euros.
Les centres de santé font également l’objet d’une vigilance accrue. En 2025, 366 000 euros de fraudes y ont été détectés dans le Gard. Vingt-trois établissements ont été déconventionnés, après 30 en 2024 et 21 en 2023. Autre phénomène en hausse : la fraude liée aux transports sanitaires et aux taxis, avec 236 000 euros détectés après des contrôles ciblés.
Une fraude de plus en plus organisée
« Nous ne sommes plus dans de la fraude artisanale mais dans de la fraude organisée », alerte Catherine Olivier. Face à cette évolution, l’Assurance maladie renforce ses moyens. Au niveau national, 1 700 agents sont mobilisés, dont 16 dans le Gard : data-scientistes, juristes, agents assermentés et praticiens conseils. Depuis un an, une soixantaine d’enquêteurs judiciaires ont également été déployés au sein de pôles interrégionaux.
Parmi les outils déployés : téléservices sécurisés pour les arrêts de travail, formulaires Cerfa infalsifiables, ordonnance numérique ou encore dispositifs permettant aux pharmaciens de signaler en temps réel les prescriptions suspectes.
Un enjeu pour le modèle social
Si les résultats sont jugés « probants », la vigilance reste de mise. « À ceux qui estiment que la fraude est un business, on répond que ce ne sera pas le cas », affirme Catherine Olivier, appelant à « la vigilance collective ».
Un enjeu majeur pour Pierre Cuchet : « Il en va de notre modèle social et de l’accès aux droits. » Dans le Gard, la CPAM verse chaque année près de trois milliards d’euros de prestations.
Source: www.lereveildumidi.fr