Le saviez-vous. Pourquoi offre-t-on un hanneton en chocolat en plus du muguet le 1er-Mai en Alsace ?
30 avril 2026

Chaque année, le 1er-Mai rime avec brin de muguet en France et en Alsace. Dans la tradition régionale, les clochettes blanches ont pourtant un acolyte en ce jour férié : un hanneton en chocolat qu'on a coutume d’offrir à ses proches. Savez-vous pourquoi ?
Le lapin de Pâques a tout juste fini d'être croqué en avril que voici une autre figurine venue le remplacer dans les vitrines des pâtissiers : le hanneton en chocolat. En Alsace, comme en Allemagne et en Suisse, cette tradition culinaire fait, chaque année, son retour à l’occasion du 1er-Mai.
Sur une période courte de deux ou trois semaines, les chocolatiers et pâtissiers de la région produisent des centaines de ces bestioles, aussi appelées “maikäfer”, ”maiakafer” ou ”mëikafer” en alsacien. Mais que vient faire un coléoptère, sorte de gros scarabée brun à tête noire et un peu maladroit, dans une coque en chocolat ?
Dans la tradition, les parents offrent l'insecte chocolaté à leurs enfants accompagné d’un brin de muguet, en guise de porte-bonheur. On l'évoquait en mai 1991 dans les colonnes des Dernières Nouvelles d'Alsace : « Orné d'un ruban de couleur et piqué d'un brin de muguet artificiel, le hanneton en chocolat reste une valeur sûre pour les pâtisseries ».
Jacques Bockel, fondateur de la chocolaterie alsacienne éponyme , en atteste : « Du plus loin que je m’en souvienne, on a toujours eu le droit aux hannetons dans ma famille, pourtant modeste. Sur mon trajet pour aller à l’école à Strasbourg, j'observais derrière la pâtisserie Riss les insectes être confectionnés à travers les fenêtres ouvertes du laboratoire. »
Des hannetons de la pâtisserie Kamm à Séléstat. Pour le 1er-Mai, la tradition en Alsace est d'offrir à ses enfants un hanneton en chocolat en guise de porte bonheur. Photo Franck Delhomme
Attaché à ce souvenir d’enfance, le chocolatier alsacien de 67 ans le réplique religieusement chaque année à l’approche du mois de mai. « On en produit quinze modèles : des petits pralinés, des gros garnis... », détaille fièrement Jacques Bockel. Et les clients ne se lassent pas d’en consommer : cette année, la firme familiale a fabriqué 3 000 pièces pour ses 15 boutiques en Alsace-Moselle.
Même refrain à la pâtisserie Kamm de Sélestat . Là, on trouve depuis mi-avril toute une panoplie de scarabées de mai : certains au lait fourrés de praliné et de pâte d’amandes, d’autres surmontés de muguet en chocolat blanc. « Ça fait 46 ans que je travaille, 46 ans que j’en fais », indique Richarde Kamm, directrice. « À l’époque, ma belle-mère préparait le muguet le 30 avril au soir. Aujourd’hui il y a une forte demande, alors on en vend dès mi-avril et pendant plusieurs semaines », ajoute-t-elle.
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L'ancien pâtissier de Christian raconte l'histoire des Maïkafer
Pourquoi un hanneton ? En Alsace, la bestiole « est un symbole du printemps et du renouveau de la nature », écrivions nous dans nos colonnes en avril 2015. Jusqu'au siècle dernier, dès que la température du sol atteignait 10 à 11 degrés, en général fin avril-début mai, les hannetons remontaient à la surface et décollaient, créant un phénomène d'envol rare et spectaculaire.
Nombreux sont les enfants, qui, dans les campagnes, partaient alors à la chasse en chantant des comptines : « Mäkäfer, Mäkäfer, Flieh hoch in d’Heh ! ». Hanneton, hanneton, vole haut vers le ciel ! Tout ça, pour finalement sceller leur sort dans une vieille boîte d'allumettes.
« Le hanneton en chocolat reste une valeur sûre pour tous les pâtissiers », dans une page locale des Dernières Nouvelles d'Alsace du 5 mai 1991. Archives DNA
Vrai fléau pour les cultures , le coléoptère a pourtant aujourd'hui quasiment disparu de nos champs, victime de l'épandage d'insecticides et du changement climatique. Mais les souvenirs demeurent : « La coutume du hanneton en chocolat n'en est que plus nostalgique », insiste notre journaliste en 2015.
Il est toutefois difficile de dater précisément l'apparition du hanneton à croquer. « Peut-être un pâtissier de la région a-t-il eu l'idée, un jour, de transformer ce symbole en chocolat... Avant qu'il ne soit repris par tous les autres ! » suppose Gérard Leser, folkloriste alsacien.
Plutôt que de se munir d'une épuisette et de voguer à travers champs au crépuscule, comme à l'époque, il suffira donc d'un panier et de quelques deniers pour se procurer ces délicieuses bestioles chez les chocolatiers alsaciens, ce 1er-Mai.
Source: www.dna.fr