Migration, reproduction, immunité : comment le réchauffement inévitable de la Méditerranée dérègle la vie marine

30 avril 2026

Migration, reproduction, immunité : comment le réchauffement inévitable de la Méditerranée dérègle la vie marine

En avril 2026, Copernicus marine service, programme européen monitorant l’état de l’Océan mondial dresse un constat alarmant sur la hausse de la température de surface en Méditerranée. Robert Bunet, directeur de recherche à l’Institut Paul Ricard basé sur l’île des Embiez, détaille les effets multip

« Nous sommes dans l’eau toute l’année. On observe les effets du réchauffement au quotidien », témoigne Robert Bunet, directeur de recherche à l’Institut Paul Ricard. La température en tant que telle n’est pas un sujet de recherche de l’organisme, basé sur l’île des Embiez à Six-Fours-les-Plages, fondé il y a 63 ans. Mais ses effets sont devenus incontournables dans leurs travaux sur la biodiversité marine.

Car la hausse du mercure agit sur de nombreux paramètres : habitat, reproduction, comportement, migration, alimentation…

Premiers impactés, les petits organismes comme le plancton et le phytoplancton dont la survie et le développement dépendent d’une fenêtre de température précise. L’appauvrissement de ce premier maillon de la chaîne alimentaire fragilise ensuite toute la pyramide des espèces.

La progression du Celsius agit aussi comme un incubateur de bactéries, virus et pathogènes. Une des victimes, la Grande Nacre, espèce emblématique de la Méditerranée : « En 2016, après de grands épisodes de mortalité en Espagne, nous avons renforcé notre veille. Pendant trois ans, il ne se passe rien. Puis l’haplosporidium pinnae a commencé à se développer chez nous et décimer les populations. On suppose que le parasite a toujours été là mais que l’augmentation des températures l’a comme “réveillé”. »

Cercles vicieux

La posidonie, frayère (lieu de reproduction) et nurserie de plusieurs centaines d’espèces n’est pas épargnée par la prolifération des parasites. Lorsqu’elle est touchée par ces épiphytes, sa photosynthèse et le captage des minéraux par les rhizomes sont perturbés.

Avec une croissance de quelques centimètres par an, il est presque impossible pour elle de s’adapter ou se déplacer vers des milieux préservés : « Les réseaux se sont construits sur des centaines voire des milliers d’années. Le réchauffement lui s’est produit sur quelques dizaines d’années. »

La disparition progressive des herbiers comme du phytoplancton entraîne un cercle vicieux. En disparaissant, ces végétaux emportent avec eux leur pouvoir de captation du CO2, le réchauffement s’emballe et la disparition de cette flore s’accélère…

Plus chaud et… plus acide

Les Échinodermes (oursins, étoiles de mer…) et le coralligène (complexe végétal et animal calcaire, typique de la Méditerranée) sont en première ligne avec un double danger, le réchauffement mais aussi l’acidification des océans qui tirent leur origine du même facteur : les émissions de CO2.

Le dioxyde de carbone est absorbé par les eaux de surfaces qui produisant un acide qui dérègle le PH de la mer. Conséquence, le squelette et la coquille des organismes calcifiants sont comme « dissous », fragilisés, surtout chez les juvéniles.

« Ces espèces peuvent supporter les canicules marines. Mais si elles sont plus longues et plus régulières, elles favorisent le développement des bactéries qui attaquent plus facilement ces organismes fragilisés », complète Robert Bunet.

L’économie bleue exposée

Si on a tendance à s’imager la Méditerranée comme un grand tout, elle regorge de spécificités géographiques et ce dérèglement change la donne : « Nous n’avons pas les mêmes espèces en Méditerranée occidentale et orientale. Avec cette tropicalisation, les espèces du sud migrent vers le nord pour retrouver des conditions favorables. »

Poissons-lions, poissons lapins, barracudas se retrouvent de plus en plus dans les filets des pêcheurs mais ne représentent pas de grande valeur marchande chez nous. Le développement de ces prédateurs augmente aussi la pression sur les populations de poissons et donc diminue la ressource halieutique.

L’aquaculture qui se situe pile dans les eaux de surfaces, jusqu’à 30 mètres de profondeur devra aussi faire face à de nouveaux dangers : « Les poissons d’élevage ont besoin de températures précises et stables pour le bon fonctionnement de leur métabolisme. S’il fait trop chaud, ils mangent moins, sont plus petits et leur système immunitaire est affecté. »

Avec la densité de population dans ces structures, les maladies circulent plus vite et à l’inverse de leurs congénères sauvages, ils ne peuvent pas migrer pour profiter de meilleures conditions.

Source: www.nicematin.com

Publication

The World Dispatch

Source: World News API

Keywords: politics