Décryptage. Une récolte débordante « sans précédent » : pourquoi c'est le moment d’acheter des fraises
30 avril 2026

La France fait en ce moment face à un pic de production nationale, ce qui oblige à casser les prix en magasin pour écouler les récoltes.
La France fait en ce moment face à un pic de production nationale, ce qui oblige à casser les prix en magasin pour écouler les récoltes, ce fruit fragile ne pouvant pas être stocké.
Elles couvrent les rayons de rouge et s’affichent en grande surface à des prix dérisoires, à moins de trois euros les 500 grammes. Une aubaine pour les consommateurs, grands amateurs de fraises, avec 120 000 tonnes dégustées tous les ans en France. Mais pour les producteurs , c’est une autre histoire.
Après le pic de production de gariguettes au début du mois d’avril, qui avait atteint 1 400 tonnes en une semaine, les producteurs de fraises font de nouveau face à une récolte débordante « sans précédent », qui concerne cette fois tout le territoire et toutes les variétés et devrait durer encore au moins une dizaine de jours. « En tout, cela doit représenter 5 000 tonnes en une semaine », calcule Emeline Vanespen, directrice de l’Association d’organisations de producteurs nationale (AOPn) Fraises Framboises de France. « Je n’avais jamais vu ça », ajoute-t-elle. La production est énorme, au regard des 60 000 tonnes produites tous les ans en France, entre mars et octobre.
Ce pic soudain s’explique par la météo. La chaleur et l’ensoleillement du mois d’avril ont accéléré la maturation des fruits et bouleversé le calendrier des récoltes. « Cette année, il y a un télescopage entre les régions précoces et les régions tardives et une production en dents de scie qui complique les ventes », explique Émeline Vanespen. En raison de l’hiver maussade, le Sud-Ouest, le Sud-Est et la Bretagne, qui sont les premières régions à fournir des fraises, ont commencé un peu en retard, mais fournissent encore environ 1 000 tonnes par semaine grâce à l’ensoleillement et à la chaleur de ce début de printemps. Ces mêmes conditions climatiques ont fait mûrir plus vite les fraises de Sologne et de Rhône-Alpes, qui se retrouvent donc en même temps et en grande quantité sur les étals.
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Pour ne rien arranger, les fraises françaises sont aussi en concurrence avec les fraises espagnoles . En temps normal, les espagnoles sont les premières arrivées sur les étals, puis cèdent leur place aux françaises pendant la pleine saison, d’avril à juin. Or, en raison des intempéries de cet hiver, elles sont arrivées plus tard sur le marché hexagonal. Une autre explication à cette production exceptionnelle pourrait se trouver dans le potentiel des plants de fraisiers plantés cette année. « Il est trop tôt pour tirer des conclusions, on le fera à la fin de saison, mais pour le moment on observe des rendements par plant supérieurs aux années précédentes », indique Émeline Vanespen.
Quoi qu’il en soit, producteurs français et distributeurs doivent casser les prix pour écouler les stocks et maintenir l’équilibre entre l’offre et la demande, afin de ne pas mettre en danger la filière, et que ce pic de surproduction ne se transforme pas en crise. « Les consommateurs sont au rendez-vous et la grande distribution joue le jeu en réduisant ses marges, mais les volumes sont tels que ce n’est pas évident à écouler », observe Émeline Vanespen. Car ce fruit très fragile n’attend pas. Ni pour être récolté, ni pour être vendu. « Normalement, une fraise doit être sur les étals le lendemain de sa cueillette », précise la directrice de Fraises Framboises, qui redoute que la fermeture des magasins le 1er mai ne complique encore plus la situation.
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Cueillies trop mûres ou sans débouchés sur les étals, impossibles à conserver, certaines fraises doivent finir congelées pour les industries de transformation. Elles finiront ainsi en coulis, en confiture ou encore en glace. « C’est un crève-cœur pour les producteurs, car aucune fraise française n’est cultivée pour la transformation. Et cela revient surtout à vendre à perte, à un ou 1,50 euro le kilo contre cinq euros en moyenne le kilo pour les fruits frais », précise Émeline Vanespen. Autant de revenus en moins qui s’ajoutent à la hausse des prix de production.
« Les grandes surfaces diminuent les tarifs donc on est obligé de suivre »
Franck Figuet est producteur de fruits, et notamment de fraises, à Ville-sous-Anjou en Isère, depuis 42 ans. Une situation pareille, il en a rarement vue. « En ce moment, on ramasse 30 tonnes par jour, alors que d’habitude à cette période, on est entre 15 et 20 tonnes. »
Pour écouler leur stock, les producteurs doivent donc s’adapter. « On fait des promos, de la mise en avant, on communique à fond. » Surtout, ils sont obligés de baisser les prix. L’agriculteur isérois passe 95 % de sa production dans la grande distribution, le reste est proposé dans son magasin en vente directe. « À cause de la surproduction, les grandes surfaces diminuent les tarifs donc on est obligé de suivre », poursuit Franck Figuet. « On est à cinq euros la barquette quand avant on montait entre 5,66 et 5,80 euros habituellement. Pour nous, ce n’est pas très rémunérateur, c’est une période compliquée », regrette l’agriculteur, qui estime quand même qu’il parviendra à écouler toute sa production.
Source: www.lejsl.com