Immobilier-Emprunt. Taux de crédit : ça risque de coincer d’ici cet été

30 avril 2026

Immobilier-Emprunt. Taux de crédit : ça risque de coincer d’ici cet été

Après un début d’année encourageant, le marché du crédit immobilier montre des signes de ralentissement en ce milieu de printemps, période ...

Après un début d’année encourageant, le marché du crédit immobilier montre des signes de ralentissement en ce milieu de printemps, période pourtant stratégique pour les banques. Sans oublier que de nombreux emprunteurs risquent d’être exclus du crédit d’ici mai-juin.

Les taux de crédit poursuivent leur lente remontée, avec une hausse moyenne de 0,05 à 0,10 % ces dernières semaines. Photo Adobestock

La prolongation des tensions géopolitiques au Moyen-Orient commence à peser sur la dynamique du secteur, alors que le sujet des taux d’usure redevient d’actualité… Le point sur la situation.

Les taux de crédit poursuivent leur lente remontée, avec une hausse moyenne de 0,05 à 0,10 % ces dernières semaines, selon le courtier Meilleurtaux. Les niveaux moyens observés s’établissent autour de 3,20 % sur 15 ans, 3,38 % sur 20 ans et 3,50 % sur 25 ans.

Les nouveaux barèmes bancaires reçus pour mai par le courtier affichent des hausses plus marquées, de l’ordre de 0,10 à 0,20 %. Les disparités entre profils demeurent importantes, avec jusqu’à 1 % d’écart entre les meilleurs dossiers et les plus risqués, indique-t-il.

De son côté, le courtier Pretto observe des banques qui augmentent avec prudence leurs taux et d’autres qui font marche arrière. Après avoir réévalué sa grille à la hausse les semaines précédentes, une banque annonce une baisse substantielle comprise entre 0,10 et 0,25 % selon les profils.

Cet effet yoyo des barèmes traduit une réalité plutôt favorable aux emprunteurs, d’après Pretto : « Les banques ajustent leurs grilles très finement, et celles qui ont pris de l’avance reviennent rapidement quand elles veulent reconquérir des parts de marché. La concurrence entre établissements reste vive, et les disparités d’un profil à l’autre rendent la comparaison plus utile que jamais. »

Pretto donne l’exemple d’un couple qui cible un emprunt de 250 000 €. En avril, avec un prêt à 3,52 % sur 25 ans, sa mensualité s’élève à 1 254 €. En mai, à 3,62 %, elle passe à 1 268 €, soit + 14 €. Un écart qui reste faible.

Les offres de prêt actuellement émises reflètent encore l’activité soutenue du mois de janvier, du fait du décalage de deux à trois mois entre la demande et la concrétisation des financements.

« Cette performance masque néanmoins un ralentissement en cours, perceptible dans les flux récents. Le risque est qu’on assiste dans les prochains mois à un retournement de la situation, d’une année qui jusque-là restait supérieure à 2025 à un second semestre en fort retrait », analyse Maxime Chipoy, directeur éditorial de Meilleurtaux.

Conséquence directe de la situation géopolitique, le marché est aujourd’hui largement porté par les réseaux régionaux. Ils sont à l’origine de 75 % des crédits immobiliers obtenus par l’intermédiaire de Meilleurtaux.

« Leur modèle de financement joue en leur faveur. Alors que les banques nationales sont largement dépendantes des marchés financiers pour leur refinancement et des taux en hausse, les banques mutualistes (Crédit Agricole, Crédit Mutuel, BPCE) se refinancent largement entre elles, se prêtant entre caisses régionales à fonds excédentaires et caisses à besoin de fonds. Le tout à un taux inférieur. Ce qui leur permet de maintenir une certaine dynamique commerciale et de proposer des taux intéressants sous conditions », explique Maxime Chipoy.

Si l’évolution des taux d’usure * s’est faite suffisamment progressivement ces six derniers mois pour ne pas entraîner, comme en 2022, de blocage du marché , certains profils d’emprunteurs peuvent devenir problématiques. C’est le cas des profils avec un coût d’assurance élevés (soit du fait de l’âge, soit du fait de l’état de santé), mais aussi des prêts de courte durée ou de faibles montants sur lesquels les frais fixes annexes pèsent relativement plus lourds.

« La situation risque cependant de s’aggraver dans les prochains mois : le calcul du taux d’usure de fin juin va en effet se faire sur les crédits accordés au printemps, dont les taux ont été négociés en début d’année à un niveau plus bas. Nous pourrions nous retrouver dans une situation où les taux d’usure baissent mais les taux pratiqués augmentent, ce qui limiterait la marge de manœuvre des banques et exclurait du crédit bien plus de profils d’emprunteurs », alerte Maxime Chipoy.

Une situation déjà jugée préoccupante mi-avril par le courtier Vousfinancer . Le courtier Cafpi estime que les taux d’usure pourraient bloquer jusqu’à 20 % des dossiers de financement d’ici mai-juin 2026. « Face à l’accélération actuelle des taux de crédit, un retour à une actualisation mensuelle des taux d’usure, comme en 2023 , permettrait de rétablir rapidement un fonctionnement fluide du marché. C’est une mesure simple, connue, qui a déjà démontré son efficacité », affirme Laura Martino, directrice des partenariats bancaires chez Cafpi.

* Taux d’intérêt maximum légaux " tout compris " au-delà desquels une banque ne peut pas accorder un crédit. Le taux annuel effectif global (TAEG), qui intègre les intérêts, les frais de dossier, les frais de courtage et l’assurance, ne doit pas dépasser ce plafond

Source: www.estrepublicain.fr

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The World Dispatch

Source: World News API