Bangladesh : le sort des hindous, un test que le monde ne cesse de rater

15 avril 2026

Bangladesh : le sort des hindous, un test que le monde ne cesse de rater

La crise des hindous au Bangladesh n'est pas un simple problème local. C'est une question de stabilité régionale et un véritable test pour les droits humains. Le monde regarde ailleurs pendant qu'une minorité vit dans la peur.

Le mensonge le plus facile à propos du Bangladesh est de dire que le problème de ses minorités est exagéré, ponctuel ou purement local. C'est une idée rassurante. Mais elle est aussi dangereuse. La pression qui pèse sur les hindous du Bangladesh n'est pas juste une histoire d'attaques isolées ou de tensions électorales. C'est une épreuve de longue date pour savoir si une grande démocratie d'Asie du Sud peut protéger une minorité vulnérable. Et si la communauté internationale est prête à s'en soucier avant qu'une injustice chronique ne devienne un mal irréparable.

Les faits de base ne sont pas difficiles à trouver. Le Bangladesh est un pays à majorité musulmane avec une minorité hindoue qui n'a cessé de diminuer au fil des décennies. À l'indépendance en 1971, les hindous représentaient une part bien plus importante de la population qu'aujourd'hui. Les chiffres des recensements successifs montrent un déclin clair. Chercheurs et défenseurs des droits humains affirment depuis longtemps que la démographie seule ne peut l'expliquer. Ce déclin reflète l'émigration, l'insécurité, la spoliation des terres, la discrimination et des vagues répétées de violences ciblées. On peut débattre du poids de chaque facteur. Mais la tendance générale ne peut être honnêtement niée.

C'est là que la dimension mondiale devient inévitable. Le Bangladesh est un pays important. C'est l'un des plus peuplés au monde, un grand exportateur de vêtements et un État clé dans le golfe du Bengale. C'est aussi un acteur majeur dans une région où se côtoient déjà rivaux nucléaires, flux de réfugiés et politiques religieuses. Quand une minorité vit sous une pression constante dans un pays de cette taille, ce n'est pas un simple conflit communautaire. Cela touche à la migration, à la diplomatie régionale, aux relations entre l'Inde et le Bangladesh, aux chaînes d'approvisionnement mondiales et à la crédibilité même du discours international sur les droits humains.

Les preuves de cette vulnérabilité sont nombreuses, même si toutes les affirmations en ligne ne sont pas fiables. Des ONG, des médias locaux et internationaux ont documenté de multiples attaques contre des maisons, des temples et des commerces hindous au fil des ans. Ces attaques sont souvent déclenchées par des rumeurs, l'agitation politique ou l'incitation à la haine religieuse. En 2021, des violences durant les célébrations de Durga Puja se sont propagées dans plusieurs districts après que des rumeurs de profanation ont circulé sur les réseaux sociaux. Des gens ont été tués. Des temples ont été attaqués. Des maisons et des magasins ont été endommagés. Le gouvernement a déployé les forces de sécurité et procédé à des arrestations, mais la leçon a été brutale : une rumeur a suffi à mettre toute une communauté sur le qui-vive.

Ce n'était pas un cas isolé. Depuis des années, de nombreuses allégations affirment que les hindous sont particulièrement exposés pendant les périodes de troubles politiques, notamment les élections. Dans certaines régions du Bangladesh, des familles de la minorité ont signalé des menaces, des intimidations et des pressions liées à des conflits fonciers ou à leurs supposées allégeances politiques. C'est important, car la violence n'est pas toujours une question de foi. C'est souvent le pouvoir qui se cache derrière un masque religieux. Si des caïds locaux pensent pouvoir intimider une famille minoritaire pour lui prendre ses terres, la religion devient un outil. Si des acteurs politiques croient qu'une minorité vote du mauvais côté, l'identité devient une excuse. Le résultat est le même : la peur, la fuite et le silence.

L'un des moteurs les plus sordides de cette crise est l'insécurité foncière. L'ombre des lois liées à l'ancien *Enemy Property Act* (loi sur les biens ennemis), plus tard connu sous le nom de *Vested Property Act*, plane toujours sur le débat public au Bangladesh. Des universitaires et des militants soutiennent depuis des années que ces lois ont permis la saisie à grande échelle de terres appartenant à des hindous. C'était particulièrement vrai après la partition du sous-continent et plus tard, pendant les périodes d'hostilité entre l'Inde et le Pakistan. Le Bangladesh a pris des mesures pour corriger une partie de cet héritage, et il serait faux de dire que rien n'a changé. Mais il serait tout aussi faux de prétendre que les dégâts appartiennent au passé. Une fois que des terres sont saisies, que les titres de propriété sont contestés et que les familles sont expulsées, une simple réforme juridique ne suffit pas à restaurer la confiance.

Certains défenseurs du Bangladesh avancent un argument juste. Ils soulignent que l'État ne se résume pas à la persécution des hindous, que le pays a fait d'énormes progrès en matière de santé, d'éducation et d'autonomisation des femmes, et que les forces extrémistes ne représentent pas tous les Bangladais. C'est vrai. Le Bangladesh ne peut être réduit à la violence communautaire. De nombreux musulmans du Bangladesh ont défendu leurs voisins hindous, condamné les attaques et rejeté la politique sectaire. L'histoire du pays comprend également de forts courants laïques. Mais ce contre-argument, bien qu'important, est trop souvent utilisé comme une échappatoire. Les progrès d'une nation dans un domaine n'annulent pas un échec persistant dans un autre. La croissance n'excuse pas la peur. Les statistiques de développement ne reconstruisent pas un temple incendié.

Les conséquences dépassent largement la minorité elle-même. D'abord, il y a le coût humain. Les familles qui vivent sous la menace constante voient moins grand. Elles investissent moins. Elles émigrent si elles le peuvent. Elles apprennent à se taire. Une minorité n'a pas besoin de subir des violences de masse constantes pour être en crise. L'insécurité chronique suffit. Ensuite, il y a le coût diplomatique. L'Inde, où le traitement des hindous à l'étranger peut vite devenir un enjeu politique, surveille le Bangladesh de près. Cela crée des risques d'escalade nationaliste des deux côtés de la frontière. Enfin, il y a le coût stratégique. Quand des États ne protègent pas leurs minorités, ils offrent des victoires de propagande aux extrémistes de toute la région.

Il y a aussi une vérité plus dure que le monde déteste regarder en face. Les institutions internationales font souvent beaucoup de bruit quand une crise correspond à un scénario à la mode. Mais elles sont timides quand la crise est complexe, locale et politiquement dérangeante. Le Bangladesh est souvent loué, à juste titre, pour l'accueil d'un grand nombre de réfugiés rohingyas fuyant les persécutions au Myanmar. Cela mérite d'être salué. Mais la crédibilité morale n'est pas divisible. Un gouvernement ne peut pas demander au monde d'honorer son rôle humanitaire à l'étranger tout en qualifiant l'anxiété de sa minorité de propagande hostile ou exagérée. Ce double standard empoisonne la confiance.

Ce qui devrait être fait n'a rien de mystérieux. Le Bangladesh doit appliquer la loi de manière constante contre les agresseurs, pas seulement lancer des opérations coup-de-poing quand les médias s'en mêlent. Il doit poursuivre plus rapidement ceux qui organisent ou incitent à la violence anti-minorités. Il doit mieux protéger les temples, les maisons et les commerces pendant les périodes à risque, comme les grands festivals et les élections. Les litiges fonciers impliquant des minorités nécessitent un examen transparent, une réelle restitution lorsque c'est possible, et une aide juridique que les familles ordinaires peuvent vraiment utiliser. Les programmes scolaires et les messages publics devraient affirmer clairement que l'égalité citoyenne n'est pas une faveur accordée par la majorité. C'est le fondement de la république.

Les gouvernements étrangers devraient cesser de traiter la sécurité des minorités comme un sujet tabou dans leurs relations bilatérales. Cela ne signifie pas donner des leçons de morale ou s'indigner de manière sélective. Cela signifie une diplomatie, privée et publique, qui soit précise, continue et difficile à ignorer. Les organisations internationales de défense des droits humains devraient documenter les faits avec soin et résister à la fois à l'exagération et au déni. L'Inde, de son côté, devrait éviter de faire des hindous du Bangladesh un argument politique cynique, tout en restant ferme sur le fait que la protection des minorités est une préoccupation régionale légitime.

Le véritable danger n'est pas seulement une nouvelle émeute, une autre rumeur ou un autre temple attaqué. C'est la normalisation. Une fois que le monde accepte qu'une minorité vive simplement avec une terreur périodique, une ligne a été franchie. Le Bangladesh a encore le temps de prouver que ce déclin n'est pas inévitable. Mais cela exigera plus que des discours sur l'harmonie après chaque drame. Cela exigera que l'État montre, de manière répétée et sans équivoque, que la sécurité d'un citoyen hindou n'est pas négociable. Si ce test continue d'échouer, l'histoire ne concernera pas seulement les hindous du Bangladesh. Elle concernera un monde qui a observé une crise à petit feu en pleine lumière et qui a choisi le confort de l'ambiguïté plutôt que le devoir de vérité.

Source: Editorial Desk

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The World Dispatch

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Category: World