Résistance en Dordogne : des « Femmes de l’ombre » sous l’Occupation mises en lumière au fil d’une lecture spectacle
17 avril 2026
La guerre n’a pas été qu’une affaire d’hommes. En Dordogne, des visages féminins ont marqué l’Histoire par leur courage et leur discrétion. L’auteure Catherine Monroy leur rend hommage à travers un livre
Le rôle capital mais souvent méconnu des femmes dans la Résistance en Dordogne est aujourd'hui mis en lumière à travers une initiative culturelle et mémorielle. Un spectacle-lecture, intitulé « Les Femmes de l’ombre », redonne une voix à ces héroïnes qui ont œuvré courageusement durant les années sombres de l'Occupation. Cette représentation offre un éclairage nécessaire sur une histoire trop longtemps racontée au masculin, rappelant que la lutte pour la libération fut l'affaire de tous et de toutes en Périgord, un département qui connut l'un des engagements les plus massifs de France.
Le projet est porté par l'auteure et ancienne journaliste Catherine Monroy, qui a mené un travail de recherche approfondi pour brosser le portrait de neuf femmes au destin lié à la Résistance périgourdine. À travers ses textes, elle fait revivre des figures emblématiques comme l'artiste et résistante Joséphine Baker, mais aussi des anonymes au courage tout aussi exemplaire. Des noms tels que Yvette Martinot-Lamartinie, Marie-Hélène Chauvit ou encore Noëla Malard, qui participa au réseau du musée de l'Homme, sortent de l'ombre pour incarner la diversité des engagements. Le spectacle, qui prend la forme d'une lecture immersive interprétée par la comédienne Lorette Goosse, cherche à transmettre l'humanité de ces parcours, en adoptant leur point de vue pour raconter le transport de messages, l'aide aux proscrits ou la vie bouleversée par la guerre.
L'histoire de l'Occupation en Dordogne fut particulièrement complexe, rendant l'action de ces femmes d'autant plus périlleuse. Le département a d'abord été coupé en deux par la ligne de démarcation à partir de juin 1940, avec 46 communes en zone occupée, avant que l'ensemble du territoire ne soit envahi par l'armée allemande en novembre 1942. Dans ce contexte, les femmes ont joué un rôle indispensable, assumant des tâches cruciales souvent moins visibles mais tout aussi dangereuses que la lutte armée. Elles étaient des agents de liaison, des hébergeuses, des pourvoyeuses de faux-papiers ou de ravitaillement pour les maquis, et leur participation a donné à la Résistance sa profondeur et son efficacité.
Soutenu par le Département de la Dordogne, ce spectacle-lecture s'inscrit dans une démarche plus large de transmission de la mémoire. Il vise non seulement à rendre un hommage tardif mais juste, mais aussi à s'adresser aux jeunes générations, comme le souligne Catherine Monroy en citant Lucie Aubrac : « le mot résister doit toujours se conjuguer au présent ». Cette initiative culturelle devient ainsi un vecteur d'histoire et d'éducation civique, rappelant que derrière les grands récits se trouvent des destins individuels marqués par des choix courageux face à l'oppression.
En faisant revivre ces voix, « Les Femmes de l’ombre » ne répare pas seulement un oubli historique, mais interroge également la nature même de l'engagement. Le spectacle et le livre dont il est issu viennent compléter le travail des historiens et des associations qui œuvrent à documenter l'histoire de la Résistance en Périgord. Cette mise en lumière contribue à construire une mémoire collective plus complète et plus juste, où le courage n'a pas de genre. L'événement prévu ce 18 avril 2026 à Périgueux est une nouvelle étape importante dans la reconnaissance de la contribution essentielle de ces femmes à la Libération.
Source: sudouest