« C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase » : le coup de pompe des infirmiers libéraux vu depuis la Dordogne

17 avril 2026

« C’est la goutte d’eau qui fait déborder le vase » : le coup de pompe des infirmiers libéraux vu depuis la Dordogne

Prix du carburant qui explosent, tournées à rallonge, revenus en baisse... En Dordogne comme partout en France, les infirmiers libéraux n’en peuvent plus. « Oubliés » par le gouvernement dans son plan d’aide

Le mécontentement gronde chez les infirmiers et infirmières libéraux, et en Dordogne, le vase a débordé. Depuis le 10 avril, plus d'un quart des praticiens du département ont décidé de ne plus accepter de nouveaux patients à leur sortie d'hôpital. Ce mouvement est la manifestation d'un malaise profond qui s'étend bien au-delà des frontières de ce département rural, où chaque maillon du système de santé est essentiel. La récente flambée des prix du carburant, pour laquelle ils se sentent les « oubliés » des aides gouvernementales, a été l'étincelle qui a mis le feu aux poudres. Cette action symbolique pourrait n'être qu'un prélude à un mouvement plus dur si leurs revendications ne sont pas entendues.

Ce coup de sang s'inscrit dans un contexte national tendu pour la profession. Fin mars, après des mois de négociations ardues, les syndicats représentatifs et la Caisse Nationale d'Assurance Maladie (CNAM) ont signé un nouvel accord, l'avenant 11. Cet accord prévoit une revalorisation progressive des actes et la reconnaissance de nouvelles compétences, avec un investissement de plus de 500 millions d'euros d'ici 2029. Salué comme une « étape majeure » par l'Assurance Maladie, le texte a toutefois été accueilli avec un sentiment mitigé par les principaux concernés, qui l'ont signé par pragmatisme, le jugeant « utile » mais « insuffisant » face à des années de stagnation.

En effet, sur le terrain, la réalité est loin des discours. De nombreux professionnels dénoncent des revalorisations qui ne compensent ni l'inflation ni la hausse de leurs charges. Certains témoignent que leurs cotations n'ont pas évolué depuis 2009, les obligeant à travailler plus pour maintenir un revenu décent. Une infirmière de Sorges-et-Ligueux-en-Périgord explique être passée de 40 % de charges à 60 % de son chiffre d'affaires. Pour ces soignants qui parcourent des centaines de kilomètres chaque jour, notamment dans des territoires ruraux comme la Dordogne, l'augmentation des frais de déplacement pèse lourdement sur leur activité, un aspect que le nouvel accord ne semble pas couvrir à la hauteur des attentes.

La profession, en première ligne du maintien à domicile des patients et de la lutte contre la désertification médicale, se sent dévalorisée. Alors que leur rôle est crucial, en particulier auprès d'une population vieillissante et pour assurer les soins post-hospitalisation, les infirmiers libéraux ont le sentiment d'être « la variable d'ajustement d'un système de santé défaillant ». La situation est d'autant plus critique que le manque de reconnaissance et les conditions difficiles découragent les vocations, certaines infirmières, comme une praticienne de Mazeyrolles, allant jusqu'à se reconvertir.

Pour l'heure, les hôpitaux de Dordogne indiquent que le mouvement n'a pas encore d'incidence majeure sur la gestion des sorties de patients, mais s'inquiètent de l'impact à long terme si la situation venait à perdurer. Les syndicats nationaux avaient prévenu en début d'année que 2026 serait l'année des revalorisations promises ou celle des manifestations. Le mouvement enclenché en Dordogne sonne comme un avertissement. Sans un geste concret du gouvernement sur la question des frais de transport et une meilleure reconnaissance de leur rôle essentiel, la fédération des infirmiers libéraux agite la menace d'une « grève totale des soins », qui paralyserait une partie du système de santé à domicile.

Source: sudouest

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The World Dispatch

Source: World News API