« Elle était la chose de cette famille » : devant le tribunal de Bayonne, un dossier de traite d’être humain
17 avril 2026
Une Malienne sans-papiers a travaillé trois ans chez un Biarrot de 90 ans. Ses défenseurs fustigent un « esclavage moderne ». La fille de celui-ci, cadre dans un grand groupe de télécommunications, était
Le tribunal correctionnel de Bayonne se penche sur une affaire qualifiée d'« esclavage moderne » par les défenseurs de la victime. Les faits concernent une femme malienne sans-papiers qui aurait travaillé pendant trois ans dans des conditions indignes au domicile d'un nonagénaire à Biarritz. C'est la fille de ce dernier, une cadre supérieure, qui comparaissait ce jeudi 16 avril pour traite d'être humain. La procureure, lors de son réquisitoire, a utilisé une formule choc pour résumer la situation de la victime au sein du foyer : « Elle était la chose de cette famille ».
La victime, dont le prénom a été changé en Alice, a été maintenue dans un état de dépendance totale, exploitant sa situation administrative précaire. Arrivée en France et espérant une régularisation par le travail, elle se serait retrouvée piégée dans un engrenage de servitude. Selon les éléments présentés au tribunal, ses journées de travail pouvaient atteindre jusqu'à 70 heures par semaine, sans repos ni véritable rémunération, en échange de vagues promesses et d'une dépendance accrue. La plaignante a décrit un sentiment de trahison, ayant fait confiance à son employeuse après lui avoir confié les violences qu'elle avait subies dans son pays d'origine.
À la barre, l'accusée a exprimé son désarroi face au portrait qui était fait d'elle. La défense a plaidé la relaxe, contestant la notion d'asservissement et de travail indigne. Selon leur version, il n'y avait pas de contrainte et la plaignante était libre de ses mouvements. L'avocat de l'accusée a insisté sur le fait que la victime présumée possédait les clés de la maison et n'était pas enfermée, tentant ainsi de démonter la thèse de la séquestration implicite et de la sujétion psychologique.
L'affaire a été mise au jour lorsque la situation est devenue intenable pour la victime, la poussant à chercher de l'aide. L'implication de plusieurs syndicats, dont la CGT, la CFDT, Solidaires et LAB, qui se sont constitués partie civile, souligne la dimension sociale de ce dossier. Leurs avocats ont insisté sur le fait que la vulnérabilité d'Alice, notamment son besoin de fiches de paie pour espérer une régularisation, était le levier principal utilisé pour la maintenir dans cet état de servitude. Cet état de sujétion est un élément central de l'accusation de traite d'être humain.
Face à la gravité des faits dénoncés, qui se seraient déroulés entre 2020 et 2024, le ministère public a requis une peine de deux ans de prison avec sursis ainsi qu'une amende de 10 000 euros à l'encontre de la prévenue. Le jugement a été mis en délibéré et la décision du tribunal est attendue pour le 18 juin prochain. Ce verdict sera scruté avec attention, car il pourrait faire jurisprudence sur la reconnaissance et la condamnation des formes modernes d'esclavage domestique dissimulées au cœur de la société.
Source: sudouest