Etape symbolique du pape LeÌon XIV dans l'eÌpicentre du conflit anglophone aÌ€ Bamenda au Cameroun
16 avril 2026
Au deuxième jour de sa visite pontificale au Cameroun, le pape Léon XIV est à Bamenda, chef-lieu de la région anglophone du Nord-ouest, épicentre de la crise qui déchire les deux régions anglophones du pays depuis plus d’une décennie. Le Pape y a prêché la paix et la réconciliation nationale, lors d’une conférence sur la paix et une messe pontificale célébrée en plein air devant des dizaines de milliers de fidèles enthousiastes.
Dans un geste d'une portée symbolique considérable, le pape Léon XIV s'est rendu ce jeudi à Bamenda, capitale de la région du Nord-Ouest du Cameroun et épicentre de la crise qui déchire les régions anglophones du pays depuis près d'une décennie. Ce déplacement, deuxième jour d'une visite très attendue au Cameroun, est perçu par de nombreux observateurs et par la population locale comme une lueur d'espoir pour la paix et la réconciliation. Le souverain pontife a délivré un vibrant appel à la fin de la violence, fustigeant la "spirale de la déstabilisation et de mort sans fin" qui a fait des milliers de victimes et provoqué le déplacement de centaines de milliers de personnes.
Le conflit trouve ses racines dans l'histoire coloniale du pays et le sentiment de marginalisation de la minorité anglophone, qui représente environ 20% de la population. Les tensions, latentes depuis la fin du système fédéral en 1972, ont éclaté en 2016 sous la forme de manifestations d'avocats et d'enseignants protestant contre la nomination de francophones dans leurs juridictions et leurs écoles. La répression de ces mouvements pacifiques a conduit à une escalade, avec la proclamation symbolique d'un État indépendant, l'« Ambazonie », et l'émergence de multiples groupes armés séparatistes qui s'opposent depuis à l'armée camerounaise.
Au cœur de cette visite papale, la cathédrale Saint-Joseph de Bamenda a accueilli une rencontre pour la paix où le pape a prié et échangé avec des victimes du conflit. Lors d'une messe solennelle célébrée plus tard sur le tarmac de l'aéroport de la ville devant des milliers de fidèles, Léon XIV a exhorté les Camerounais à devenir les artisans de leur propre avenir. "Le moment est venu de changer l'histoire de ce pays", a-t-il déclaré, invitant les parties au conflit à déposer les armes et à choisir la voie du dialogue. Ce message fait écho aux appels lancés la veille à Yaoundé, où il avait lié la paix à la justice, au respect de l'État de droit et à la bonne gouvernance devant les autorités politiques et le corps diplomatique.
L'implication du Saint-Siège n'est pas fortuite. L'Église catholique, très influente au Cameroun, est considérée depuis longtemps comme un acteur capable de jouer un rôle de médiateur dans cette crise. Des figures religieuses locales, comme le défunt cardinal Christian Tumi, ont été à l'initiative de plateformes de dialogue visant à trouver une issue pacifique. Cependant, l'institution a parfois été traversée par des divisions entre le clergé francophone et anglophone, reflétant les fractures du pays. La présence du pape est donc aussi un signal fort pour unifier les voix au sein de l'Église en faveur de la médiation.
Les prochaines étapes demeurent incertaines, mais cette visite a incontestablement ravivé l'espoir. Des groupes séparatistes avaient annoncé une trêve pour garantir la sécurité du déplacement papal, un geste rare qui pourrait ouvrir une fenêtre pour des pourparlers. La communauté internationale et les acteurs locaux espèrent que l'élan spirituel et diplomatique généré par ce voyage pourra se traduire par des initiatives concrètes. La réussite dépendra de la volonté des belligérants de saisir cette main tendue et d'engager un dialogue sincère pour répondre aux causes profondes du conflit, une attente fortement exprimée par une population civile épuisée par des années de souffrance.
Source: france24_fr