Arrêté en Afrique du Sud, l’agitateur anti-occidental Kemi Seba pourrait être extradé au Bénin

16 avril 2026

Arrêté en Afrique du Sud, l’agitateur anti-occidental Kemi Seba pourrait être extradé au Bénin

Arrêté alors qu’il tentait de quitter illégalement le territoire, cet agitateur panafricaniste devenu embarrassant pour plusieurs États, et déchu de sa nationalité française, pourrait être extradé vers le Bénin où il est poursuivi pour son rôle présumé dans la tentative de coup d’État de décembre 2025.

L'activiste panafricaniste Kemi Seba, de son vrai nom Stellio Gilles Robert Capo Chichi, a été arrêté en Afrique du Sud le lundi 13 avril 2026, dans un centre commercial de Pretoria. Cette interpellation, menée par la police sud-africaine, s'est déroulée alors qu'il se trouvait en compagnie de son fils et d'un individu présenté comme un facilitateur. Les autorités locales ont initialement justifié l'arrestation par des soupçons de facilitation d'entrée illégale au Zimbabwe via le fleuve Limpopo, le groupe ayant, selon elles, l'intention de se rendre en Europe. Cependant, cette affaire locale s'inscrit dans un contexte beaucoup plus large, puisqu'elle a été déclenchée par un mandat d'arrêt international émis par le Bénin, pays d'origine de Kemi Seba. Une procédure d'extradition vers Cotonou est désormais en cours, et une audience est prévue devant la justice sud-africaine le 20 avril.

Les autorités béninoises accusent Kemi Seba de faits graves, notamment d'« apologie de crimes contre la sûreté de l'État » et d'« incitation à la rébellion ». Ces poursuites sont directement liées à son soutien affiché à une tentative de coup d'État avortée qui a eu lieu au Bénin en décembre 2025. Le jour des événements, l'activiste avait diffusé des vidéos saluant ce qu'il qualifiait de « jour de la libération », affirmant à tort que le président Patrice Talon avait été renversé et appelant la population à soutenir les militaires mutins. Cet épisode a marqué un point de rupture pour le gouvernement béninois, qui considère de longue date Kemi Seba comme un opposant virulent et un agent de déstabilisation. La justice béninoise a confirmé prendre les dispositions nécessaires pour suivre la procédure d'extradition.

Figure médiatique et controversée, Kemi Seba s'est fait connaître pour ses discours radicaux contre l'influence occidentale en Afrique, et tout particulièrement contre la France. À la tête de son organisation "Urgences Panafricanistes", il rassemble une large audience, avec environ 1,5 million d'abonnés sur les réseaux sociaux. Déchu de sa nationalité française en 2024, il a ouvertement soutenu les régimes militaires issus de coups d'État au Sahel, qui sont hostiles à Paris et se sont rapprochés de la Russie. En signe de cette proximité, la junte au pouvoir au Niger lui a même octroyé un passeport diplomatique. Son parcours est jalonné de démêlés judiciaires dans plusieurs pays africains ainsi qu'en France, où il a été condamné pour incitation à la haine raciale et a fait l'objet d'une enquête pour des liens présumés avec le groupe paramilitaire russe Wagner.

L'arrestation de Kemi Seba a immédiatement provoqué la réaction de son organisation. "Urgences Panafricanistes" a dénoncé une « persécution politique » et une « machination politico-diplomatique », y voyant une manœuvre orchestrée par Paris et Cotonou en représailles à ses positions anti-impérialistes. L'ONG soutient que les accusations des autorités sud-africaines ne sont qu'un prétexte visant à le discréditer. Pour ses partisans, cette interpellation est une nouvelle tentative d'entraver son combat politique. Pour ses détracteurs, elle marque la fin de la cavale d'un agitateur qui a franchi la ligne en soutenant une tentative de renversement d'un gouvernement élu.

La décision de la justice sud-africaine concernant son extradition sera déterminante pour l'avenir judiciaire et politique de Kemi Seba. S'il est remis aux autorités béninoises, il devra répondre des lourdes accusations qui pèsent sur lui. L'affaire met en lumière les tensions politiques profondes sur le continent, entre les discours souverainistes et panafricanistes d'une part, et les gouvernements en place d'autre part. Le sort de l'activiste devient ainsi un enjeu qui dépasse sa seule personne, illustrant les clivages géopolitiques actuels en Afrique de l'Ouest et la lutte d'influence qui s'y joue.

Source: lepoint

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The World Dispatch

Source: World News API