EN DIRECT, guerre en Iran et au Liban : L’armée libanaise et le Hezbollah demandent aux habitants de reporter leur retour dans le sud jusqu’au cessez-le-feu avec Israël
16 avril 2026
« Face à un ennemi perfide habitué à violer les engagements et les accords, nous vous appelons à faire preuve de patience et à vous abstenir de vous rendre dans les zones visées du sud, de la Bekaa et de la banlieue sud de Beyrouth, jusqu’à ce que la situation soit pleinement clarifiée », a déclaré le Hezbollah dans un communiqué.
Au milieu des ruines fumantes et des espoirs fragiles d'un cessez-le-feu, l'armée libanaise et le Hezbollah ont conjointement appelé les centaines de milliers de civils déplacés à ne pas regagner leurs foyers dans le sud du Liban. Cette directive, diffusée alors que des pourparlers intenses pour une trêve avec Israël sont en cours, souligne la précarité de la situation sur le terrain. Les deux forces ont insisté pour que les habitants attendent une cessation complète et vérifiée des hostilités avant d'envisager un retour, craignant pour leur sécurité dans une région encore truffée de dangers et où la présence militaire israélienne reste une réalité. Cette annonce coordonnée met en lumière une convergence pragmatique entre l'institution étatique et le puissant groupe armé face à une crise humanitaire et sécuritaire majeure.
Cet appel intervient après des semaines d'un conflit d'une violence inouïe, déclenché dans le sillage d'une guerre régionale plus large impliquant l'Iran. Depuis fin février, la frontière libano-israélienne s'est embrasée, transformant le sud du pays en un champ de bataille. Les bombardements israéliens intensifs et une incursion terrestre ont provoqué le déplacement de plus d'un million de personnes et causé des milliers de victimes. Des infrastructures vitales, comme le pont de Qasmiyeh sur le fleuve Litani, ont été détruites, isolant de fait la région du reste du pays et compliquant toute perspective de retour rapide pour la population. C'est dans ce contexte de dévastation que les efforts diplomatiques se sont intensifiés, menant à l'annonce d'une possible trêve de dix jours négociée par les États-Unis.
La position commune de l'armée et du Hezbollah, bien qu'inhabituelle, reflète la complexité du paysage sécuritaire libanais. L'armée, bien que déployée dans le sud pour affirmer la souveraineté de l'État, ne dispose pas des moyens pour imposer seule la sécurité face à l'armée israélienne. Le Hezbollah, de son côté, est la force militaire dominante dans la région mais reconnaît que le retour prématuré des civils les exposerait à des risques inacceptables, notamment aux tirs résiduels, aux munitions non explosées et aux zones encore sous le contrôle des forces israéliennes. Cet avertissement conjoint sert donc un double objectif : protéger les vies civiles et éviter que des incidents n'enflamment à nouveau un conflit à peine suspendu.
Les implications de cette directive sont profondes pour les civils épuisés par des semaines d'exil. Pour beaucoup, cela signifie que l'espoir d'un retour rapide suscité par l'annonce du cessez-le-feu est douché. L'attente se prolonge dans des abris temporaires, des écoles ou chez des proches, alors que l'incertitude quant à l'avenir de leurs maisons et de leurs villages demeure totale. Cette situation met en évidence la déconnexion entre les accords politiques de haut niveau et la réalité sur le terrain, où la sécurité est loin d'être garantie. La méfiance est d'autant plus grande que des violations de la trêve ont été signalées presque immédiatement après son entrée en vigueur théorique.
L'avenir immédiat de la région reste extrêmement incertain. Les prochaines étapes dépendront de la solidité du cessez-le-feu et de la volonté des acteurs internationaux de garantir son application. Cependant, des déclarations de responsables israéliens indiquant leur intention de maintenir une "zone de sécurité" occupée au sud du fleuve Litani assombrissent considérablement les perspectives d'un retour à la normale. Pour les habitants du sud-Liban, l'appel à la patience de l'armée et du Hezbollah est un rappel brutal que, même si les canons se taisent, le chemin vers la paix et la reconstruction sera long et semé d'embûches. La question n'est plus seulement de savoir quand le cessez-le-feu tiendra, mais si un retour sera un jour possible dans les mêmes conditions qu'auparavant.
Source: lemonde