Explosion des violences sexuelles au Soudan
16 avril 2026
PreÌ€s de 12 millions de personnes, soit un quart de la population, sont exposeÌes aÌ€ des risques de violences baseÌes sur le genre, notamment des viols et des agressions sexuelles. Les violences sexuelles explosent dans un contexte ouÌ€ ces violences restent largement sous-reÌpertorieÌes. L'ONG Plan International appelle aÌ€ action coordonneÌe des EÌtats. CleÌmence Lagouardat responsable des programmes humanitaires de l'ONG eÌtait l'inviteÌe du journal de l'Afrique.
Alors que le conflit au Soudan entre dans sa quatrième année, une vague de violences sexuelles d’une ampleur effroyable déferle sur le pays, utilisée comme une arme de guerre systématique par les parties belligérantes. Depuis le début des affrontements en avril 2023, les organisations internationales et les ONG documentent une augmentation exponentielle des viols, des viols collectifs et de l'esclavage sexuel, transformant la vie de milliers de civils, principalement des femmes et des filles, en un cauchemar permanent.
La guerre, qui oppose les Forces armées soudanaises (FAS) dirigées par le général Abdel Fattah al-Burhan aux Forces de soutien rapide (FSR), un groupe paramilitaire commandé par le général Mohamed Hamdan Dagalo, dit "Hemedti", a rapidement dégénéré. Partie d'une lutte de pouvoir à Khartoum, elle s'est étendue à de vastes régions, notamment le Darfour et le Kordofan, réveillant des tensions ethniques et plongeant le pays dans la pire crise humanitaire au monde. Dans ce chaos, les corps des femmes et des filles sont devenus un champ de bataille, une tactique délibérée visant à terroriser, humilier et déraciner des communautés entières.
Les rapports des Nations Unies, d'Amnesty International et de Médecins Sans Frontières (MSF) sont accablants et pointent majoritairement la responsabilité des FSR et de leurs milices alliées. Des témoins décrivent des combattants enlevant des femmes et des filles de leurs domiciles, les soumettant à des jours, voire des semaines, de sévices. Ces crimes, souvent commis en public et devant les familles des victimes pour maximiser l'humiliation, constituent des crimes de guerre et pourraient être qualifiés de crimes contre l'humanité. Les signalements de grossesses issues de ces viols ont considérablement augmenté, ajoutant un traumatisme durable pour les survivantes et leurs enfants dans une société où l'effondrement des structures médicales et judiciaires les laisse sans recours.
La région du Darfour, déjà meurtrie par le conflit du début des années 2000, est de nouveau l'épicentre d'atrocités. Des attaques ciblées contre des groupes ethniques non arabes, comme les Massalit, ont été rapportées, ravivant le spectre de campagnes de purification ethnique. Les organisations humanitaires sur le terrain, comme MSF, font état d'une situation catastrophique, avec des milliers de survivantes cherchant de l'aide, un chiffre qui ne représente qu'une infime partie de la réalité. La peur de la stigmatisation et des représailles contraint de nombreuses victimes au silence.
Face à cette horreur, la communauté internationale peine à agir efficacement. Des enquêtes ont été ouvertes par la Cour pénale internationale et des experts de l'ONU, qui dénoncent un climat d'impunité totale. Les appels se multiplient pour que les belligérants cessent immédiatement ces exactions, pour que justice soit rendue aux victimes et pour que les responsables, y compris au plus haut niveau de commandement, répondent de leurs actes. Pendant ce temps, les organisations humanitaires continuent de "ramasser les morceaux", apportant des soins vitaux mais soulignant que seule une solution politique au conflit pourra mettre un terme à cette spirale de violence.
Source: france24_fr