«Plus de pyjama ni de brosse à dents»: le récit du long calvaire d'un enfant sequestré pendant un an par son père dans une camionnette
16 avril 2026
La justice a livré des détails concernant la «très très longue histoire» de l'enfant de 9 ans séquestré un an par son père dans une camionnette.
Le calvaire d'un jeune garçon de neuf ans, séquestré pendant plus d'un an par son propre père dans une camionnette, a pris fin grâce à la vigilance d'une voisine. Les faits, qui se sont déroulés dans la petite commune de Hagenbach, en Alsace, ont été révélés lorsque des gendarmes ont découvert l'enfant dans des conditions sanitaires effroyables, nu et recroquevillé sur un tas de détritus. Retrouvé pâle, dénutri et incapable de marcher en raison de sa position assise prolongée, il a été immédiatement hospitalisé à Mulhouse. Le récit de sa survie, où il n'avait « plus de pyjama ni de brosse à dents », a choqué la communauté et déclenché une enquête approfondie.
L'enquête a rapidement mis en lumière un drame familial complexe. Le père, un électricien de 43 ans, a été mis en examen pour enlèvement, séquestration et privation de soins, et placé en détention provisoire. Il a expliqué aux enquêteurs avoir soustrait l'enfant à la vie de famille dès la fin de l'année 2024 pour le « protéger ». La raison invoquée était l'insistance de sa compagne, et belle-mère de l'enfant, qui souhaitait faire interner le garçon pour des troubles psychiatriques présumés, une allégation qu'aucun élément médical n'est venu confirmer. L'enfant lui-même, décrivant sa belle-mère comme sa « pire ennemie », a corroboré cette version, expliquant que son père « n'avait pas le choix ».
La vie de l'enfant dans le véhicule utilitaire était d'une précarité extrême. Il devait uriner dans des bouteilles et faire ses besoins dans des sacs-poubelle. Son père lui apportait de la nourriture et de l'eau deux fois par jour, entretenant l'illusion qu'il agissait pour son bien. Pendant ce temps, le père continuait d'utiliser la camionnette pour se rendre au travail, maintenant une façade de normalité. L'entourage était convaincu que le garçon avait été placé dans une institution. La compagne du père, âgée de 37 ans, a été mise en examen pour non-assistance à mineur en danger, bien qu'elle conteste avoir eu connaissance de la présence de l'enfant dans le véhicule.
La découverte de cette situation a soulevé de nombreuses questions sur les défaillances des services sociaux et de l'Éducation nationale. Le garçon, qui était un bon élève en classe de CP, avait été déscolarisé après que la famille a déménagé de Mulhouse, sans que sa situation n'alerte les autorités. Une mission d'inspection a été lancée par le ministère de l'Éducation nationale pour comprendre comment le suivi scolaire de l'enfant a pu être interrompu sans susciter d'inquiétude. Les deux autres enfants du foyer, les filles respectives du couple, ont également été placés provisoirement par mesure de protection.
Sur le plan judiciaire, le père encourt une peine pouvant aller jusqu'à 30 ans de réclusion criminelle. L'instruction se poursuit pour déterminer l'ensemble des responsabilités dans cette affaire, y compris celles d'éventuels tiers qui auraient eu connaissance de la situation sans intervenir. L'enfant, toujours hospitalisé mais désormais en sécurité, a commencé à livrer son histoire à des enquêteurs spécialisés. Son long chemin vers la reconstruction physique et psychologique est désormais la priorité des services de protection de l'enfance, qui devront décider de son avenir, alors que sa mère biologique souffrirait également de problèmes psychologiques.
Source: journaldemontreal