« Au Soudan, une génération entière est en train de basculer dans la famine »

16 avril 2026

« Au Soudan, une génération entière est en train de basculer dans la famine »

INTERVIEW. Trois ans après le début de la guerre, le Soudan s’enfonce dans une crise humanitaire majeure. Au Darfour du Nord, Oumarou Mahamadou, coordinateur pour l’ONG Alima, alerte sur l’urgence absolue.

Trois ans après le début d'une guerre civile dévastatrice, le Soudan est confronté à une catastrophe humanitaire d'une ampleur sans précédent, menaçant de sacrifier une génération entière. Le conflit, qui a éclaté en avril 2023 entre les Forces armées soudanaises (SAF) et les Forces de soutien rapide (RSF), a plongé plus de la moitié de la population dans un besoin urgent d'aide. La violence incessante a non seulement fait des dizaines de milliers de morts, mais a également déclenché la plus grande crise de déplacement au monde et un effondrement économique et social quasi total. Le système alimentaire du pays est en ruines, transformant l'accès à la nourriture en une lutte quotidienne et souvent mortelle pour des millions de personnes.

Le conflit a systématiquement démantelé les piliers de la survie de la population. Les terres agricoles, autrefois productives, sont devenues des champs de bataille, entraînant une chute de 46 % de la production céréalière nationale par rapport aux niveaux d'avant-guerre. Les infrastructures vitales comme les marchés, les hôpitaux et les usines ont été ciblées et détruites, tandis que l'hyperinflation et la dévaluation de la monnaie ont rendu les denrées de base inabordables. Les prix des denrées alimentaires ont augmenté de 350 % par rapport à la moyenne des cinq dernières années. Cette guerre a créé une des pires crises de déplacement au monde, avec plus de 13 millions de personnes forcées de fuir leur foyer, cherchant refuge à l'intérieur du pays ou dans des pays voisins déjà fragiles comme le Tchad et le Soudan du Sud.

Les deux factions belligérantes sont accusées d'utiliser la faim comme une arme de guerre, en bloquant délibérément l'acheminement de l'aide humanitaire vers les populations qui en ont désespérément besoin. Les convois humanitaires sont régulièrement attaqués ou retardés, comme un convoi de l'ONU à destination du Kordofan du Sud qui a été bloqué pendant plus de 40 jours. Les agences humanitaires, dont le Programme alimentaire mondial et Médecins Sans Frontières, peinent à opérer dans un environnement où leurs entrepôts sont pillés et leur personnel pris pour cible. Cette obstruction délibérée entrave les efforts pour atteindre les 25 millions de personnes nécessitant une assistance vitale, dont près de 19 millions sont en situation d'insécurité alimentaire aiguë.

Les conséquences pour la population, et en particulier pour les enfants, sont catastrophiques. Près de trois millions d'enfants souffrent de malnutrition, et l'ONU prévient que des centaines de milliers pourraient mourir de faim dans les mois à venir. Des organisations sur le terrain rapportent des taux de mortalité infantile effrayants dans les camps de déplacés, comme celui de Zamzam au Darfour où un enfant meurt toutes les deux heures. Avec près de 70 % des hôpitaux hors service et 19 millions d'enfants déscolarisés, les fondements de l'avenir du pays s'effritent. L'effondrement des services de santé a également favorisé la résurgence d'épidémies de choléra et de rougeole, aggravant une situation déjà critique.

Face à cette tragédie, la communauté internationale peine à mobiliser les fonds et l'action politique nécessaires. Le plan de réponse humanitaire pour 2026, qui s'élève à 2,8 milliards de dollars, reste largement sous-financé. Des conférences de donateurs, comme celle tenue à Berlin, tentent de combler ce déficit, mais les appels à un cessez-le-feu et à un accès humanitaire sans entrave restent largement ignorés par les belligérants. Sans une pression diplomatique concertée et une augmentation significative de l'aide, le Soudan risque de sombrer encore plus profondément dans la famine, avec des conséquences humaines qui se feront sentir pendant des décennies. La seule issue viable passe par la cessation immédiate des hostilités pour permettre à l'aide de parvenir à ceux qui luttent pour leur survie.

Source: lepoint

Publication

The World Dispatch

Source: World News API