En Indonésie, polémique autour d’un projet d’accord qui autoriserait l’armée américaine à accéder à son espace aérien
16 avril 2026
Alors que Djakarta et Washington ont signé, lundi, un partenariat de coopération en matière de défense, la perspective d’un éventuel droit de survol accordé à l’armée américaine suscite des inquiétudes.
Un projet de coopération militaire entre l'Indonésie et les États-Unis suscite une vive controverse à Jakarta. Au cœur du débat se trouve une proposition américaine visant à obtenir un accès pour ses avions militaires à l'espace aérien de l'archipel, une question sensible pour ce pays tenant à sa politique de non-alignement. Bien que les deux nations aient récemment annoncé un « partenariat majeur de coopération en matière de défense » (MDCP), les responsables indonésiens insistent sur le fait que la question du survol aérien est distincte et n'a pas encore été approuvée. Le gouvernement indonésien a confirmé qu'il examinait attentivement la proposition, mais qu'une décision finale nécessitait des discussions approfondies et le respect des procédures nationales.
Ce nouveau cadre de coopération en matière de défense, annoncé les 13 et 14 avril 2026, vise à approfondir les relations de sécurité entre Washington et Jakarta. Il couvre des domaines tels que la modernisation militaire, le développement de technologies de défense conjointes, notamment dans les systèmes maritimes et autonomes, la formation professionnelle et les exercices militaires conjoints. Les deux pays mènent déjà plus de 170 exercices communs chaque année et cherchent, par ce partenariat, à renforcer la stabilité régionale dans l'Indo-Pacifique. Le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, et son homologue indonésien, Sjafrie Sjamsoeddin, ont salué cet accord comme une étape importante pour consolider leurs liens stratégiques.
Cependant, la proposition spécifique concernant l'accès à l'espace aérien, décrite dans une lettre d'intention encore en discussion, est la principale source de préoccupation. Selon des informations, la demande américaine porterait sur un "accès général de nuit" pour des missions telles que les opérations d'urgence et les exercices. Le ministère indonésien de la Défense a rapidement précisé que ce projet de lettre n'était ni finalisé ni juridiquement contraignant, et que toute décision préserverait la souveraineté nationale. Le porte-parole du ministère a souligné que le contrôle de l'espace aérien relève exclusivement de l'Indonésie, qui conserve le droit d'approuver ou de rejeter toute activité étrangère.
Cette affaire met en lumière l'équilibre délicat que l'Indonésie cherche à maintenir dans un contexte de rivalité croissante entre les États-Unis et la Chine. Occupant une position géographique hautement stratégique, notamment sur le détroit de Malacca, l'Indonésie s'efforce de ne pas compromettre ses relations avec ses partenaires clés. Le ministère des Affaires étrangères indonésien aurait exprimé en interne sa prudence, craignant que l'accord de survol ne donne l'impression que l'Indonésie rejoint une alliance, ce qui pourrait augmenter les risques pour sa sécurité et la placer comme une cible potentielle en cas de conflit régional.
Pour l'heure, l'avenir de la proposition américaine reste incertain. Le gouvernement du président Prabowo Subianto continue ses délibérations internes. Des voix au sein du parlement indonésien ont également appelé à la transparence, rappelant que toute politique liée à l'accès militaire étranger est une question sensible qui requiert une approbation politique claire et un examen approfondi. Jakarta a réaffirmé que toute coopération devait avant tout bénéficier à l'Indonésie et s'inscrire dans le cadre de sa "politique étrangère libre et active", un principe fondamental de sa diplomatie depuis des décennies.
Source: lemonde